Chaque communauté dispose d’un modèle de vie que le droit peut légitimement reconnaitre ?

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Il est important dans cette étude, de rappeler la conception aristotélicienne de la communauté par rapport à l’individu. Cela nous parait crucial dans cette étude dans la mesure où il considère la société comme étant antérieure à l’individu. Et par conséquent la cité est naturelle, elle engendre les hommes. Aristote le confirme lorsqu’il affirme : « Il est manifeste, à partir de cela, que la cité fait partie des choses naturelles, et que l’être humain est par nature un animal politique, et que celui qui est hors de la cité, naturellement et non par hasard, est soit un être dégradé, soit un être surhumain ». L’être humain est alors considéré comme naturellement destiné à vivre en société ; il possède un instinct social. Sa vie n’a de sens et de signification que lorsqu’elle s’effectue dans une société. C’est ainsi qu’il part de l’idée selon laquelle « le tout, en effet, est nécessairement antérieur à la partie ». La cité représentant le tout, est antérieure à la famille et à chacun des individus qui la compose. Donc la société est un tout composé de plusieurs parties. C’est ainsi que nous considérons avec Aristote la communauté politique comme projet commun, partagé par tous les membres de la communauté politique. Une idée d’ailleurs étrangère au monde moderne individualiste et libéral. Dès lors, toute communauté doit être perçue comme devant avoir un projet de vie commun auquel tous les membres de la communauté doivent opter pour sa réalisation. Car sans la réalisation d’un tel projet politique, la vie en communauté n’aurait pas de sens. Will Kymlicka estime que « la société communautarienne se caractérise par une conception substantielle de la vie bonne, laquelle définit « la forme de vie » de la communauté ». Les différentes préférences individuelles sont alors évaluées sur la base du bien commun de la communauté. Nous n’estimons pas que les principes de justice doivent être neutres au regard de la vie bonne. Bien au contraire, nous pensons que l’un des buts essentiels que poursuit une politique correcte est de former de bons citoyens, c’est-à-dire de citoyens vertueux et de cultiver de bons caractères. Il ne faut surtout pas perdre de vue que l’individualisme moral de la modernité et l’éthique du consentement ne peuvent pas rendre compte de nos attachements, de notre histoire et tradition, et de nos obligations vis-à-vis de la communauté dans laquelle nous évoluons. C’est ainsi que nous pouvons préciser que notre façon de voir la justice est aux antipodes de la pensée libérale qui estime que nous pouvons délibérer sur les principes qui gouvernent la société en mettant à distance le sens du bien, nos convictions morales et religieuses et de la vertu. Dans le même sens que Sandel et Aristote, nous pensons que la justice doit être liée à la vertu, et la priorité de cette dernière par rapport à la justice. La justice et la vie bonne sont liées. La finalité de toute politique c’est la culture de la vie bonne et une mise en œuvre du bien commun. Michael Sandel met en évidence une telle idée lorsqu’il écrit : « Pour Aristote, la politique a une visée plus haute. Elle a pour objet de nous enseigner comment vivre une vie bonne. La finalité de la politique ne consiste en rien de moins que de permettre aux gens de développer leurs capacités et leurs vertus proprement humaines – de délibérer à propos du bien commun, de former leur jugement pratique, de prendre part au gouvernement autonome, de se soucier du sort de la communauté considérée comme un tout ». Nous ne pouvons pas penser la justice sans prendre en charge la question de la vie bonne ou la lier à la vertu. Nous pensons à la lumière de Michael Sandel et d’Aristote qu’il y a des obligations, une histoire, un récit et une tradition de la communauté qui pèsent sur l’individu que nous ne pouvons pas faire abstraction. Ce récit représente une pesanteur sociale qui influe sur l’individu, sur sa vie, sur ses choix et sur sa rationalité. Car la rationalité est contextuelle.

ALY DIONE Spécialiste en philosophie morale et politique

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Mouhamed junior DIOP

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